Claire Mazoyer, la surmotivée

Fraîchement diplômée dans le domaine des énergies renouvelables, Claire Mazoyer s’investit depuis mars 2017 dans Grési21, tout en travaillant bénévolement à la coordination de l’activité d’Energ’Y Citoyennes (Solaire d’Ici). Sa motivation et ses connaissances techniques, en grande partie acquises sur le terrain, lui ont permis de trouver rapidement une place au sein des équipes d’IcareSoWatt et du Conseil de gestion. Rencontre.

Grési21 : Vous êtes bénévole de Grési21 depuis quelques mois. Comment avez-vous découvert cette initiative ?

Claire Mazoyer : « Avant 2016, j’habitais Lyon et j’avais eu connaissance des projets d’énergie solaire financés par les citoyens de l’association Toits en transition. Lorsque j’ai déménagé dans le Grésivaudan, j’ai rapidement souhaité rejoindre une initiative du même type. En reconversion dans le domaine des énergies renouvelables, il me semblait important de m’investir localement, sur le terrain, pour en apprendre davantage sur ces sujets.

Vous aviez également une approche militante ?

Oui. Le mode de production d’électricité en France, majoritairement centralisé et nucléaire, ne me satisfait pas. J’avais envie de m’impliquer dans la production d’énergie renouvelable et décentralisée et ainsi rapprocher mon territoire d’une démarche vertueuse, comme celle préconisée par l’association Négawatt. J’ai cherché un mode d’implication qui donne aux habitants un contre-pouvoir sur ce bien commun qu’est l’énergie, historiquement occupé par des intérêts privés.

Au sein de Grési21, quelle a été votre première mission ?

Observer ! Quand j’ai intégré le collectif, celui-ci était déjà très bien organisé, les tâches étaient réparties… et je ne connaissais vraiment pas grand-chose ! J’ai donc passé plusieurs semaines à observer le déroulement du Conseil de gestion et du comité de pilotage d’IcareSoWatt. Dès que je me suis sentie plus à l’aise et compétente, on m’a confié la prise en charge d’un projet d’énergie solaire proche de mon lieu de vie : l’école des Pupilles de l’Air, à Montbonnot-Saint-Martin.

Quelles démarches avez-vous entreprises ?

L’école des Pupilles de l’Air venait de proposer à Grési21 la mise à disposition de l’une de ses toitures. Une première visite sur place avec Hervé Mingam nous a permis de déterminer la toiture la plus intéressante en termes de capacité de production (celle de la piscine) et la puissance optimale qu’il fallait installer (100 kilowatts).

J’ai ensuite contacté notre interlocuteur privilégié chez Enedis (la filiale d’EDF chargée de la gestion et de l’aménagement de 95% du réseau électrique français, NDLR) pour évaluer le coût de raccordement au réseau de cette future installation. Puis j’ai demandé à un bureau d’études structures un premier avis, avant d’envisager une étude structure de la charpente plus approfondie. Actuellement, nous organisons des visites avec des installateurs de panneaux solaires, pour obtenir des devis.

Qu’est-ce qui vous reste à faire ?
Après analyse de la totalité des coûts prévisionnels (étude structure, éventuel renfort de la charpente, frais d’installation, de raccordement, d’entretien, frais financiers…) et des gains potentiels (revente de l’électricité pendant 20 ans), le Conseil de gestion devra prendre une décision sur la concrétisation, ou non, de ce projet. Cette décision dépendra de la rentabilité du projet, bien sûr, mais également de la situation économique de Grési21, des autres projets à l’étude, des tarifs d’achat de l’électricité à cette date, etc.

Claire Mazoyer, lors de la grande réunion de Grési21, le 2 décembre 2017.

 

Quelles autres missions avez-vous effectuées pour Grési21 ?

Des choses beaucoup plus simples, comme l’envoi d’invitations, la réponse à des courriers de sollicitation, la revue de documents… C’est tout pour l’instant, car Energ’Y Citoyennes (la société qui porte le projet Solaire d’Ici dans la métropole grenobloise, NDLR) me prend également pas mal de temps…

À ce propos, quelles sont les points communs entre Energ’Y Citoyennes et Grési21 ?
Ces deux grands projets ont le même objectif : impliquer des citoyens dans la production locale d’énergie renouvelable. Ils sont tous les deux gérés par un groupe d’une vingtaine de bénévoles actifs, épaulé par un deuxième cercle d’une dizaine de bénévoles qui s’impliquent plus ponctuellement. Autre point commun : ils sont organisés par groupes de travail planchant sur des thématiques précises.

Quelles sont leurs différences ?
Selon moi, la différence majeure tient à leur territoire, bien plus urbain côté Solaire d’Ici. Le tissu urbain engendre davantage de contraintes administratives et techniques, comme un accès aux toitures plus compliqué, ou encore la prépondérance d’immeubles en copropriété plutôt que des maisons individuelles, ce qui complexifie la prise de décisions. Solaire d’Ici doit également travailler avec deux gestionnaires du réseau électrique (selon les communes), contre un seul dans le Grésivaudan. Bref, l’environnement technique, administratif et politique est un peu plus contraignant dans la métropole que dans le Grésivaudan.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris à Grési21 ?
J’ai été époustouflée par la montée en compétences qu’avait réussi à obtenir ce collectif. Je ne pensais pas que des citoyens pouvaient apprendre autant et si vite, dans tous les domaines ! Moi-même, en assistant à 3 ou 4 conseils de gestion, j’avais déjà appris énormément sur la technique, la gestion des projets, la réglementation, l’environnement économique du photovoltaïque…

Selon vous, quelles sont les compétences requises pour intégrer le Conseil de gestion ?
Je n’en vois qu’une : la motivation ! (rires) Techniquement, le photovoltaïque n’est pas très complexe à comprendre, mais il demande beaucoup de travail dans tous les domaines. D’ailleurs, le Conseil de gestion ne fait pas que du pilotage : il gère la société en matière de stratégie économique et commerciale, de communication ou encore de documentation et ces membres s’occupent également de nombreuses tâches administratives.
Du coup, toutes les compétences sont les bienvenues ! Le gros avantage de Grési21, c’est que l’on peut s’engager dans le domaine que l’on souhaite, à la vitesse que l’on veut et pas forcément sur du très long terme, car les projets avancent vite.

Un mot de conclusion ?
Grési21 est une belle aventure collective autogérée – sa gestion y est plutôt horizontale que verticale, qui amène à rencontrer des gens que l’on n’aurait pas forcément croisé par ailleurs. Cette société citoyenne permet de se sentir utile et de réaliser des projets sur notre territoire, à brèves échéances. C’est à la fois enthousiasmant et rassurant de voir que l’on peut agir concrètement pour la transition énergétique ! »

Propos recueillis par Frédéric Cristofol


 

Grési21 a bénéficié d’une aide de la région Auvergne Rhône Alpes,
dans le cadre de l’Appel à projet Énergies Renouvelables et Innovations.

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